MIN PAS POUR NOUS / NOT FOR US !

9 juin 2015

Marché d’Intérêt National (MIN) de Nantes : GPAA classé premier au jury mais non choisi par Nantes Métropole!

 

« Les architectes, on le sait, vont (très) mal : agences exsangues, honoraires étriqués, concours pris d’assaut, (…) coups de boutoirs incessants portés contre la loi MOP, etc. Bref, rien ne va plus. Que faire ? » Coup de griffe de Jacques Franck Degioanni dans le dernier numéro du Moniteur hebdo du 5 juin 2015.

 

Le projet de relocalisation du MIN, pour faire place à la nouvelle implantation du CHU sur l’île de Nantes (projet remporté par Art and Build associé à Jean-Philippe Pargade) représente une surface à construire de 48 000m2 (et 13 000m2 supplémentaires en tranche conditionnelle) et un investissement de 55M€ HT, soit près de 100M€ TTC à terme si l’on tient compte de la tranche conditionnelle et des aménagements prévus pour la centaine d’entreprises concernées par ce nouvel aménagement.

 

Trois équipes ont été sélectionnées en novembre 2014 pour participer à ce concours lancé par la Métropole: Chaix et Morel, Erik Guidice et GPAA. Ces trois équipes ont été choisies parmi 93 candidatures qui regroupaient la plupart des grandes agences françaises. Sans les citer toutes nous avons relevé les plus importantes parmi elles dont : Ch.De Portzamparc, AIA, N.Michelin, Groupe 6, François Leclercq, Jacob Mac Farlane, SCAU, Francis Soler, XTU, Lan architecture, SOA architecture, Marc Mimram, Reichen et Robert, Architecture Studio, Lacaton Vassal, atelier 234, Marc Barani, Jacques Ferrier…etc, et quelques agences étrangères de renom dont : Mirales Tagliabue, Nieto Sobejanos architectos, MVRDV, Mangado y associados SL, Xaveer De Geyter, OMA…etc

 

En date du 10 mars 2015 GPAA a reçu un courrier de la part de Nantes-Métropole, lui annonçant qu’elle avait été déclarée lauréate du concours (à une large majorité) et l’invitant à participer à deux réunions de négociation.

Le lendemain du dépôt de son offre, le samedi 4 avril, elle apprend dans la presse locale (Presse-Océan) que Nantes-Métropole allait proposer Erik Guidice, architecte, au vote du Conseil Communautaire comme Maître d’œuvre de l’opération.

N’ayant pas été informée que Erik Giudice Architecte avait été convié à négocier avec le Maître d’ouvrage, et sans réponse à ses demandes de rencontre avec la Présidente de Nantes Métropole, Johanna Rolland, Gaëlle Péneau dépose un recours en référé pré-contractuel contre la Métropole, Maître d’ouvrage de l’opération. Elle apprend par ailleurs que ce dernier avait fait une proposition d’honoraires de 20% au-dessous de la sienne.

 

Ce recours vient d’être rejeté par le juge des référés.

 

Parmi les 93 candidatures reçues par Nantes Métropole – dont on a pu voir qu’elles n’étaient pas des moindres – Erik Giudice Architecte est le 93ème en ce qui concerne son chiffre d’affaires, soit l’agence la plus réduite en taille et en moyens humains pour répondre à un projet de cette importance (0,3M€ et 2 salariés cf société.com). Comment analyser un tel choix (si ce n’est un tel risque) de la part du Maître d’Ouvrage ? Celui-ci répond, dans le cadre de la procédure, que les compétences et les moyens demandés dans la candidature concernent le groupement, et non un seul membre du groupement.

Il est dès lors permis de conclure que le choix des candidatures s’est porté sur les bureaux d’études (autres membres du groupement) et non sur les architectes.

Il est dès lors également permis de constater à quel point tous les architectes (y compris tous ceux qui ont porté candidature) sont bafoués par un tel choix.

Et enfin que, malgré l’avis du jury, le Maître d’Ouvrage a décidé de confier l’opération au moins disant (le delta représentera à peine 1% du budget final de l’opération).

 

Ce processus qui s’engage et se développe parle de la résurgence d’une omniscience de la technique et des spécialistes, celle-ci étant confortée par la période de crise systémique qui dure depuis 2008 et fragilise les collectivités publiques territoriales.

Il montre également à quel point le savoir faire des architectes, dans leur capacité unique à synthétiser la complexité de l’ensemble des contraintes inhérentes à la conception d’un projet, est ignoré par les commanditaires. Et pourtant, il est à parier que chaque Maître d’ouvrage, sur chaque opération qu’il mène, s’appuie sur son architecte pour mener à bien son projet et s’en félicite.

Alors pourquoi les architectes, qui sont les chefs d’orchestre indispensables à la réussite d’un projet, sont-ils encore perçus comme des « artistes inconséquents » qu’ils ne sont plus depuis longtemps ?

 

En parallèle on nous annonce les propositions que l’équipe de Fleur Pellerin prépare pour étoffer le projet de loi relatif à « la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine », (…) afin de mettre l’architecture au cœur de la Cité. (p 10 du même numéro)

 

Gaëlle Péneau